Acropole

Ô passager numérique, toi qui avec hardiesse passe le seuil de notre cité, à Bominus offre un sacrifice digne de Chronos, un peu de temps en notre antique et décadente compagnie.

Agora

Chronos

mai 2012
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Mimi Nuscule

L’enfant:-Le plus important c’est les autres.

L’adulte:- Le plus important, c’est Soi.

Les autres sont très importants et tu dois tenir compte des autres dans les décisions que tu prends.  C’est le Respect.

Et Toi, tu es plus important encore.

Non pas pour ce que tu as, mais pour celui que tu es.

Non pas pour ce que tu possèdes, mais pour celui que tu deviens et pour ce que tu partages.

Non par tes frustrations et tes peines, tu es important par les plaisirs dont tu sais jouir, et par les jouissances que tu sais donner.

Offrir.

Tu es important par ce que tu offres mieux ce dont tu sais te réjouir.

Jouir en laissant jouir, c’est le Respect.

Jouir en faisant Jouir, c’est la Liberté.

La Liberté s’acquiert en devenant suffisamment Soi pour savoir accepter l’Autre.

 

Plus simplement exprimé, la Liberté de l’Un -l’Un indivisible, celui qui se sait seul, l’Individu- pose sa limite aux frontières de la gène ressentie par ce même Individu, ou par un Autre mais qui souffre de se penser empiété.

Et encore, on ne peut accepter l’Autre que si l’on s’accepte déjà Soi.

 

C’est pour ces raisons là et pour d’autres, mon enfant, que les Autres sont importants mais que tu l’es davantage.

 

(Individu: corps et pensée indivisible en Un unique)

 

Jalèm (4 ans): - »Avant, on était à la ramasse.

maman: -Et maintenant, on est…?

J: – A la ramasse!

m: – Ah ouais…ben ça va mieux alors.

J: -Ben ouais! »

« Vaut mieux avoir dix bonnes copines que seize grandes mais pas gentilles. »

Jalèm 4 ans

CAMPING jour 1

A l’arrivée, une bonne surprise :

Le camping ne compte pas quatre, mais cinq étoiles. Je suis naïve et je me persuade que c’est la promesse d’un agréable séjour.

 

A l’installation, un constat :

Je ne suis clairement pas la seule personne à avoir bénéficié d’une aide sociale pour m’offrir des vacances au-dessus de mes moyens.

Le camping retentit de cris, de hurlements, de jurons et de klaxons. Toutes tranches d’âges confondues.

 

Je suis parvenue à monter et planter ma tente entre les averses et tout est en place…et sec. Moi incluse. Lorsque la toile montée s’est envolée, le voisin s’est proposé, depuis la fenêtre de sa caravane, pour une aide que je n’ai pas su refuser. Il a maintenu la tente au sol pendant que je plantais les sardines aux principaux points stratégiques. Puis il est parti en m’annonçant que les nuits sont bruyantes. Le bar ouvert fait discothèque de 22h à minuit et le lounge assure la relève de minuit à 2h.

 

Mon campement installé, je me rends au dit bar boire une bière. Deuxième bonne surprise : la pinte de kro pression est à 2,40€ avant 19h. j’en prends une et je me dégote la dernière table disponible. Vraiment. Elle n’a d’ailleurs qu’une chaise. Parfait pour moi .

 

Dans le même esprit, j’ai ressorti et porte mon alliance dans l’espoir de préserver autour de moi un halo d’intimité infranchissable.

Le barman m’appelle « madame » et les voisins de bar me servent du « vous ». Je me sens vieille.

 

Après ma pinte, je fuis le « pot d’accueil » et pars en repérage sur le site. Il y a une supérette, deux cabines téléphoniques, le parc aquatique et sa salle de fitness, les deux bars, un snack et un restaurant. Deux aires de jeux pour enfants et des structures gonflables. Bon.

 

A la sortie du camping, un panneau indique comment se rendre à la plage la plus proche. Je suis les consignes et traverse la forêt pour atteindre la plage.

 

Elle n’est pas surveillée.

 

ET elle est belle. Un siège de grands galets m’attend et je m’y installe. Le roulement des vagues, le picotement des grains de sable, l’iode, les mouettes…ça déferle, souffle et fouette. Tout y est.

 

De retour, j’ai eu les plaisirs du troupeau d’ados venus squatter les douches en hurlant comme savent si bien le faire les sacs d’hormone en ébullition encore persuadés, puisque la technique fonctionne, qu’il s’agit de la meilleure façon d’attirer l’attention des autres sacs d’hormones, de préférence du sexe opposé.

 

Et là, la fête bat son plein au bar des Brunelles. L’objectif avoué, et même clamé, est de « faire un maximum de bruit ! y a du monde ce soir ? j’entends rien, Y A DU MONDE CE SOIR ? OUAIS!!! ». Et l’ambianceur a même un sifflet. Peut être s’imagine-t-il que ça donne un côté « Ibiza » à ce camping des côtes vendéennes.

 

Je me sens loin des deux heures du matin. Si le temps était tiède, je serai sur la plage. Mais il pleut et je suis sous ma tente. Petite, je savais m’endormir sur deux chaises face-à-face, la tête sur l’une, les jambes sur l’autre, dans le bar où j’ai passé mon enfance. Entourée de lumières et de bruits.

 

Avec un peu de chance…et beaucoup de self-control.

 

OTTO

Les murs de sa maison étaient recouverts de toutes les couleurs de ses sentiments.

Le mélange aboutissait au brun fatal des couleurs mélangées. Et celui-ci était éclairci par la chaux qu’utilisait Otto pour diluer la douleur.

L’orange chaleureux créé par le rouge de l’attirance et le jaune de la joie avait viré en une mauvaise teinte marronnasse à l’apparition de l’amertume, bleue foncé.

Le désir et l’amertume ne pouvaient de toute façon pas provoquer de jolies couleurs. Otto avait souvent essayé, aucune proportion ne lui apportait satisfaction.

Il reposa donc sur son étagère le faciès grimaçant de son masque de douleur. Entre le masque de surprise et celui de déception.

Sa face ovale, lisse, maintenant vide, l’apaisait. Rien ne le touchait alors. Cette face inexpressive lui était rassurante. Il aurait tant souhaité être capable de vivre sans les artifices de ses masques sociaux.

Mais il lui en fallait un.

Peu importait lequel, mais un. Qui l’obligerait à ressentir encore. Un qui l’obligerait à voir, à entendre…à humer et à goûter. Un qui l’obligerait toujours à croire que la sérénité est accessible.

N’importe lequel enfin, par les orifices duquel il pourrait tout simplement respirer.

Ces masques sociaux le maintenaient en vie autant qu’ils l’abimaient. Respirer pour maintenir son corps, mais ressentir pour anéantir sa pensée.

Ses masques sociaux.

Il tâtonna le long de l’étagère, en saisit un du bout des doigts, incertain et se méfiant déjà.

L’expression se fixa sur sa face. Il inspira. Pour le courage. Il expira. Pour la survie.

Otto enfila ses lunettes pour moins voir, ses pensées pour moins entendre, et son nez de clown un peu rouge, puis sortit s’acheter un pain…

…en souriant au monde un grand sourire social.

 

DIS POURQUOI

(1) Les faux-cils et les marteaux

-Dis maman, pourquoi y a des très riches et des pauvres?

-En fait, mon chéri, on évolue dans une société capitaliste. Ça implique que beaucoup de gens croient que l’important pour exister, c’est d’AVOIR des choses plutôt que d’ÊTRE des personnes.

Du coup, les gens veulent des choses et des choses et des choses…ça les rend plutôt malheureux parce que même quand ils en ont, ils ne les voient pas autant que celles qu’ils n’ont pas. Alors ils veulent, ils achètent, ou ils volent. Il y en a certains qui tuent d’autres gens juste pour avoir leurs choses.

Et puis il y a aussi ceux qui tuent les autres sans en avoir l’air. Pas pour avoir LEURS choses…mais pour que ces gens leur produisent des sous. Ceux-là gagnent beaucoup de sous grâce au travail de ceux qui en gagnent juste assez pour aller travailler. On appelle ça des « actionnaires ». C’est avec les actionnaires que les patrons partagent les sous que les travailleurs leur font gagner.

Les actionnaires sont des capitalistes. Leur but, c’est d’avoir encore plus de sous. Pas forcément pour acheter plus de choses. Juste pour avoir plus de sous. Beaucoup d’entre eux ont même déjà tellement de sous qu’ils ne peuvent pas tout dépenser. Ils achètent des tas de choses très chères, des grandes maisons, plusieurs, des grosses voitures, plusieurs, des bateaux, des avions, des bijoux en or et en vraies pierres précieuses, ils voyagent, payent des hôtels de luxe, des restaurants incroyables et des vêtements au prix de notre voiture. Mais même, ils n’arrivent pas à tout dépenser alors ils mettent leurs sous dans des banques, et même dans des banques d’autres pays pour être sûrs de ne pas avoir à les partager avec ceux qui les leur ont fait gagner.

Le problème, c’est que les sous, il y en a une certaine quantité, un peu comme des bonbons dans un paquet. Si on partage les bonbons pour que chacun en ait un peu, c’est parfait. S’il y en a certains qui en ont un peu plus et d’autres un peu moins, ça peut aller. Mais pour que certains en aient plein, il faut alors que d’autres en aient peu. Et le but du capitaliste, c’est de les avoir tous. Du coup, ce n’est même pas sûr qu’il s’en rende compte, mais il prend forcément sur la part de ceux qui n’en ont plus.

Ben les sous c’est pareil. Pour que les capitalistes en aient tant, il faut qu’ils les prennent aux autres. Et ça, ça marche pour le monde entier.

C’est pour ça qu’il y a des très riches et des pauvres.

 

DIS POURQUOI

(2) Les faux cils et les marteaux

-Dis pourquoi c’est embêtant de préférer AVOIR des choses plutôt que d’ÊTRE des personnes ?

-Le truc de vouloir plein de choses, c’est que c’est mauvais pour plein de raisons.

D’abord parce que ça oblige à fabriquer plein de choses et que fabriquer ça détruit…ça pollue.

En plus, pour que même les pauvres qui veulent des choses puissent en acheter, les patrons les font fabriquer dans des pays où ils payent très peu les travailleurs. Comme ça, ils peuvent vendre moins cher leurs choses. Du coup, après, il faut transporter ces choses jusqu’à nous et le transport aussi ça pollue.

Et aussi, pour fabriquer leurs choses dans les autres pays à pas cher, ils enlèvent leurs usines de notre pays. Ils enlèvent le travail des travailleurs qui deviennent plus pauvres et se croient obligés d’acheter des trucs encore moins chers.

Par exemple, un patron fabricant de voitures va vouloir les faire fabriquer à moins cher. Alors il va fermer son usine de France, faire des chômeurs de France, et ouvrir son usine dans un autre pays moins cher. Mais du coup, les nouveaux chômeurs qui n’ont plus de travail ont aussi moins de sous. Et ces chômeurs vont s’acheter des chaussures moins chères par exemple. Alors le patron de l’usine de chaussures de France va fermer son usine de France, faire des chômeurs de France et ouvrir une usine de chaussures dans un autre pays moins cher. Du coup les nouveaux chômeurs de l’usine de voiture ET de l’usine de chaussures vont avoir moins de sous et croire qu’ils doivent acheter des habits moins chers. Alors le patron de l’usine qui fabrique les habits en France va fermer son usine de France et ouvrir son usine d’habits dans un pays moins cher.

On se retrouve avec des chômeurs de voitures, de chaussures, d’habits. Et tous ces nouveaux chômeurs vont avoir moins de sous et vont croire qu’il leur faut acheter…je ne sais pas…des jouets, des meubles, des lampes…tout moins cher. Du coup ça ne marche pas trop.

-…

-Bien sûr, il y a des solutions. Il y a souvent des solutions. Par exemple, les patrons pourraient arrêter de donner tant de sous aux actionnaires et partager davantage avec les travailleurs. Comme ça les travailleurs aussi pourraient acheter des choses un peu plus chères qui pourraient continuer d’être fabriquées dans les usines où ils travailleraient pour des salaires décents.

On pourrait aussi acheter beaucoup moins de choses qui ne servent à rien et du coup, on pourrait y consacrer plus de sous et en acheter des qui sont fabriquées dans les usines où on travaille.

Mais ça implique aussi que les patrons partagent avec les travailleurs, pas seulement avec les actionnaires. Et tant qu’ils seront capitalistes, ils ne voudront pas trop.

Du coup, ça dépend quand même plus des patrons que des travailleurs.

C’est pour ça que les travailleurs aimeraient bien que ça soit le Président qui oblige un peu les patrons, vu que le Président c’est quand même un peu lui qui est supposé décider en France. Mais le Président, là, il est drôlement copain avec les patrons.

Du coup, c’est plutôt le contraire qui se passe. Et les gros patrons ont de plus en plus de sous pendant que les citoyens ont de moins en moins de salaires.

Alors le Président donne des sous pour aider ceux qui n’ont plus de travail. Et ça revient très cher.

C’est dommage, il pourrait donner du travail aux gens et les payer avec ces mêmes sous. Par exemple, en France, on aurait besoin de soignants, de professeurs, même de policiers…mais même ceux là, le Président préfère leur enlever leur travail et payer du chômage. Ça les rend malheureux.

Alors même ceux là, ils achètent des tas de trucs pour essayer de se faire plaisir. Mais ils n’achètent pas cher pour pouvoir acheter plus et les patrons…enfin voilà…

-C’est pour ça qu’on n’achète pas beaucoup de choses, nous ?

-Ouais, c’est pour ça qu’on n’achète pas beaucoup de choses, nous. C’est parce qu’on n’a pas beaucoup de sous, et qu’on n’a pas non plus beaucoup de besoins. Alors on achète surtout ce dont on a besoin. Et pour ce dont on a envie, on essaie surtout de faire attention.

 

DIS POURQUOI

(3) Les faux-cils et les marteaux

-      Dis maman, pourquoi en France, les gens ne font rien alors qu’ils voient bien que tous les sous vont aux patrons ?

-      Et bien, si ils ne vont pas travailler, ils ne gagnent plus de sous…alors ils se permettent de faire un peu la grève, parfois ils vont manifester, mais ils ne le font jamais très longtemps.

Je crois, mon chéri, qu’en France, les gens ne font rien parce qu’ils ont de quoi survivre. Tu vois, en France, on se plaint beaucoup, du Président, des gros patrons, tout le monde voudrait tout et ronchonne de ne pas l’avoir. Mais en même temps, presque tous, on a de quoi se loger, manger et s’habiller.

Soit on se le paie en travaillant et du coup, on est tellement justes en sous qu’on ne peut pas trop arrêter de travailler pour manifester. Parce que quand on ne travaille pas on ne gagne pas de sous, et quand on ne gagne pas de sous, on ne peut plus payer. Les travailleurs vont donc travailler pour continuer d’avoir. Et ceux qui ne travaillent pas ont des aides du gouvernement pour payer aussi un toit, de la nourriture et des vêtements. Du coup, ceux qui ne travaillent pas ne savent pas trop ce qu’il adviendrait de ces aides s’ils se plaignaient assez pour renverser la société.

Alors ils se plaignent de ne pas avoir plus mais ne font rien par peur d’avoir moins.

…Allez mon chéri, on rentre, on a assez de mûres. On pourra même préparer une charlotte pour ce soir.

CŒUR

 

J’ai le cœur gros,

J’ai le cœur lourd.

J’ai le cœur tellement gros et tellement lourd

Qu’il tombe jusque dans mon ventre.

Il tombe et il pèse tant

Que je ne peux presque plus

Rien mettre d’autre que mon cœur

…dans mon ventre.

Et puis, il est tout gonflé aussi.

A l’étroit.

Je le sens qui remonte dans ma gorge,

Qui a mal quand j’avale

…alors j’avale pas trop.

Le pauvre.

Il est déjà tellement gros.

Il est déjà tellement lourd.

La Tendresse

 

Je serais loin bientôt.

Il  ne nous reste que demain.

Tu me manques  terriblement déjà. A peine avais-tu passé cette porte vers laquelle je t’ai poussé que déjà mon cœur devenait si gros et si lourd qu’il tombait dans mon ventre.

Depuis, c’est là qu’il git.

Je n’attends rien de toi…et pourtant ce rien représente tellement pour moi.

Te regarder, te respirer…je passerais des heures à caresser ta peau sans rien espérer d’autre que de sentir sous mes doigts les palpitations de ton sang, les frémissements de tes muscles.

Je ne t’embrasserais pas, le vertige serait trop grand. Un puits sans fond dans lequel  je suis terrifiée de tomber. Mais te caresser…t’effleurer, j’en pleure.

Je garde pour moi la fermeté de ton ventre contre le mien…et celle de ton dos dans le creux de ma main…je garde pour moi le sursaut de ta cuisse,  la fraicheur de ton cou. Je garde pour moi le dessin de tes lèvres, je garde pour moi…la tendresse qui m’étreint.

 

Bientôt, je serais loin.

MEMOIRE

Sachant ce que je cherchais et le prix approximatif que j’étais supposée le payer, je filais directement au rayon des consommables, trouvais le pack de quatre cartouches correspondant à mon imprimante, en vérifiais le coût et jetais l’article et le joli renard dessiné dessus tout au bout de mon caddie.

L’opération ayant pris moins de trente secondes de mon temps, il m’en restait plein avant d’être en retard. J’embrassais donc le petit Loïs que je gardais ce jour et qui trônait fièrement à l’avant du caddie, bavant autant qu’il le pouvait sur la clé dudit caddie qui aurait du pendouiller à ma main gauche. Puis je retournais devant le rayon où j’avais aperçu en passant des accessoires d’I-Pad. Je cherchais, allant aux ordinateurs portables, puis dans chaque rayon où il me semblait logique d’en trouver, et finis par demander à un vendeur hyperactif (sinon hyperactivé) où je pouvais avoir une chance de trouver une tablette électronique. Il me posa quelques questions auxquelles je répondis mal sans doute puisqu’il me proposa une tablette graphique à 49€. Que peut-on faire avec une tablette graphique d’entrée de gamme à 49€ ? La jeter ?

Je citais donc l’I-pad et il m’envoya au rayon des téléphones  (?), où j’en trouvais en effet. Le prix exorbitant et la contrainte d’abonnement me dissuada. Je retournais alors vers les notebooks, un joli H.P. blanc m’avait fait de l’œil. Je comparais les prix, les puissances, les mémoires. La gamme proposée n’était pas très étalée mais j’oscillais entre trois modèles. Lequel correspondait le mieux aux besoins que j’en avais ? Quel budget pouvais-je lui accorder? En avais-je réellement besoin ? Très clairement, non. Je suis la plus grande part du temps chez moi, il est évident que je peux accéder à mon P.C. davantage que bien d’autres personnes. Ce n’est pas le matériel qui me manque pour écrire…c’est le temps.

Il était d’ailleurs plus que l’heure pour moi de partir vu celle que j’avais dépensée devant ces notebooks.

J’embrassais Loïs sur le front, le reste de son visage étant trempé de sa salive, et je filais jusqu’au parking.

Vous aussi vous aviez oublié le renard… ?

QUANT ELLE EUT QUITTE MON APPARTEMENT…

 

…je léchai tout le contour de son verre, il avait le goût de jus de fruits.

J’en déduisis donc qu’elle avait goût de multifruit.

 

Une prochaine fois, je goûterais sa bouche.

TOUJOURS

 

Et quand il rentrait chez lui, il aimait sa femme.

Aussi intensément qu’un mari puisse aimer sa femme.

Il la protégerait toujours, de tous les dangers.

Il lui laisserait toujours la dernière clémentine de la coupe à fruits. Il adorait cette manie qu’elle avait de retirer tous les petits fils blancs sur chaque quartier avant de les croquer. En racontant sa journée.

Elle était fine, il la trouvait jolie. Toujours. Elle s’habillait avec gout, se maquillait peu, et il savait guetter le moment où, sortant de la salle de bain, elle traverserait le couloir en t-shirt de coton, culotte, et grosses chaussettes tricotées, pour aller fouiller dans son armoire. Elle en ressortait fatalement, mais l’air triomphant, soit son pantalon de toile noir, soit son jean. Toujours. L’un ou l’autre lui faisait de belles fesses et affinait ses cuisses. Jamais une faute. Et encore elle babillait.

Ca faisait longtemps qu’il n’entendait plus ses mots. Mais il aimait l’écouter. Sa voix étincelait. Les mots…quelle importance…

Ils achetaient leur maison. Un beau pavillon, tout neuf. Avec plein de plans de travail pour qu’elle cuisine. Et des placards dans chaque pièce pour que tout soit rangé. Un petit jardin, qu’il tondait de temps en temps. Et un garage bondé.

Ils avaient ensemble deux enfants. Un garçon, puis une fille. Le choix des rois avaient clamé les familles. Leurs enfants étaient beaux, curieux, intelligents et bien polis. Il était fier d’être leur père.

 

Mais quand il rentrait parfois, elle avait les yeux encore brillants et le nez rouge d’avoir pleuré. Ou même il arrivait qu’elle pleurât devant lui. Elle était moins jolie quand elle pleurait. Mais il l’entourait de ses bras, et la blottissait contre sa poitrine. Il n’aimait pas qu’elle pleure. Ca lui faisait même un peu de peine.

Pourtant, il savait que ces soirs là, ils feraient l’amour. Leurs rapports étaient devenus rares. Ca aussi, ça lui faisait de la peine. Il respectait.

 

Et puis, il y avait les autres.

Je me dis que j’ai une bien petite vie. Tout étriquée. Je voudrais des espaces.

Des espaces moraux

Des espaces spirituels

Des espaces vitaux

Des espaces communautaires, des espaces de réflexion

Et d’autres de partage

De communion, de socialisation

Des espaces de joie, et de bonheur

Pour y regarder grandir ceux que j’aime

Pour y regarder évoluer ceux que je pourrais aimer

Pour y apprendre et me remplir

…est en réalité une larve immonde et immature dont on ne sait ce qui éclora.

…a tellement peur de ce qui éclora qu’elle préfère se dire qu’elle pourrira dans sa larve plutôt que de se risquer à la maturation.

BEURK de toute façon !

BULLE

Tout était gris autour d’elle.

Les pierres des murs, les toits d’ardoise, l’asphalte.

Les nuages qui ne laissaient filtrer qu’une brume poussiéreuse forçaient les automobilistes à se concentrer d’avantage. Certaines voitures blanches, d’autres noires, beaucoup de grises. Surgissait parfois une rouge, éclatant dans ce décor comme le sang d’un cou tranché sur une feuille de journal.

Le teint livide des passants, les yeux rougis par les nuits d’angoisse, les nez irrités par les pleurs séchés.

La poussière, la fumée, le chaos.

Elle s’approcha d’un homme.

Et plutôt que de quitter sa bulle pour se perdre dans le gris, elle prit délicatement la main de l’homme et le fit entrer.

Un instant, il ne vit rien. Préoccupé. Puis il sentit les parfums de verts, de jaunes, et de bruns des campagnes. Il redevenait garçon, il se souvenait les ballons perdus dans les fourrés d’épines, les goûters dans les arbres, et les mûres volées aux ronces. Il entendait couler le ruisseau, le clapot de l’eau transparente contre les pierres moussues. Il revoyait la danse des araignées d’eau, les alvins mal dissimulés entre les herbes. Les papillons, les fraises des bois, les buissons de lavande dégorgeant d’abeilles. Tout lui revenait. Les bruissements légers des feuilles frottées par le vent, le pépiement des oiseaux, les bourdonnements des mouches. Qu’il avait trouvés si agaçants.

Il souriait, il se rappelait.

Et quand elle le quitta, le renvoyant à son monde de gris, l’homme avait retrouvé, pour qui aurait su le regarder, le regard pétillant des yeux bruns éblouis, les lueurs brillantes de celui qui sourit.

Et sur son veston, une tache de mûre.