Nous nous sommes réunis une nouvelle fois dans l’antre silencieuse. Il y avait le thé chaud, la vapeur sur nos doigts, et la déception qui creusaient des tranchées entre nos corps meurtris.
On ne pouvait oublier l’Antarctique. Ses milles fines aiguilles encore enfoncées entre le doigt et l’ongle. Les éclats de sa langue de verre incrustés sur la peau tendue des joues rouges. Les brûlures du soleil cru sur la rétine.
Il nous fallait pourtant soulever notre chair. Nous étions les derniers encore debout – partout les hommes s’étaient endormis. Chacun avait eu sa part de contes. Au début nous avions refusé le sommeil, cru que l’opportunité se présentait d’enlacer la vie sauvage, agrippé l’idée que tout un peuple nous imiterait. Naïfs. Tous avaient préféré le sommeil.
Aujourd’hui, nous nous dégradions doucement – amers, nous avions décidé de rejoindre la léthargie générale. Seulement, il ne restait plus pour toutes fictions que celle d’ « Asungap et ses frères ». Une des rares non référencée dans le Catalogue Général. Où nous diriger à présent ?
Asungap s’endort dans la forêt profonde. Il y avait lui et d’autres encore, que j’étouffe sous le cachemire de mon pull. Ils perdent leur souffle et s’éteignent. Mais leurs ongles et leurs cheveux continuent à pousser et envahissent ma bouche. Ils m’étouffent.
Leurs corps morts étendent leurs racines et polluent mes pensées, déforment ma rétine, et compriment mes tympans.
Ainsi parlait l’Antiquité quand nous vinrent à sa table pour la dépoussiérer. Ses tout petits rouages insatisfaits nous laissèrent circonspects. Nous qui venions chercher un savoir. Nous qui venions pour trouver la piste des Anciens, par laquelle nous pourrions remonter à Asungap et à ses frères. Il fallu la laisser divaguer dans la poussière de sa chambre froide. Ne vous méprenez pas. Elle ne vivait pas dans ses lieux pour carnivores, je dis sa « chambre froide » à cause de l’Antarctique et des fils de glace pendus à sa fenêtre. L’antarctique était beau comme on peut l’imaginer. C’était un grand espace où le langage ne pouvait que se disperser. Ce qui explique le discours de l’Antiquité. Nous sommes revenus vide, comblés de cet espace. Ce n’était pas le but de notre visite. Nous voulions retrouver Asungap et ses frères, leur histoire dont avions perçue l’écho en courant sur la toile. Mais nous n’avons ramené que l’Antarctique et ce désagréable infini qui peuple nos cerveaux.
Il y aura d’autres expéditions à faire dans d’autres temps.
Scène 1 – Parodos (premier chant du choeur)
Résumé :
Médée est une princesse (et une magicienne) Colchidienne, fille du roi gardant la toison d’or. Le jour où Jason arrive sur ses terres pour dérober ce trésor (il doit le rapporter à Iolcos à son oncle, Péléas, pour récupérer le trône) elle en tombe amoureuse. Jason, pour s’assurer ses services, lui promet de l’épouser une fois qu’il aura récupéré ses titres. Elle l’aide, trahissant les siens (elle ira jusqu’à découper son frère en morceaux pour empêcher son père de les poursuivre dans leur fuite). Cependant, une fois revenus à Iolcos, Péléas refuse d’abdiquer. Une nouvelle fois, Médée commet les pires crimes pour servir son amant : elle convainc les filles du tyran qu’elle connaît le remède pour rendre sa jeunesse au tyran. Elle plonge un vieux bouc dans une marmite bouillante qui ressort changé en agneau. Les sœurs font de même avec leur père qui meurt ébouillanté. Sa mort provoque la colère de son fils qui poursuit Médée et Jason. Ils trouvent finalement refuge en Corinthe.
C’est là où commence la tragédie de Médée, celle qui la fera glisser complétement dans la folie et commettre le crime, celui pour lequel son nom est connu : l’infanticide (elle tuera ses deux enfants sous les yeux de Jason pour le punir). En effet, le roi de Corinthe (Créon) souhaite que Jason chasse Médée de son pays (la rumeur de ses crimes l’a précédée) et épouse sa fille Créeuse. Jason accepte et rejette Médée.
Le choeur, représentant la voix des citoyens de Corinthe, lui transmet le message.






















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