Acropole

Ô passager numérique, toi qui avec hardiesse passe le seuil de notre cité, à Bominus offre un sacrifice digne de Chronos, un peu de temps en notre antique et décadente compagnie.

Agora

Chronos

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Mon ancienne agence :

Ma nouvelle agence :

Je les plantais dans mon chapeau, comme autant de graines qui à la faveur de la pluie auraient pu faire germer des idées merveilleuses. J’attendais sur mon perron, vêtu de mon seul couvre-chef, qu’un vent favorable caresse le calcium. Ma tête comme une girouette, tournait de droit à gauche, à la poursuite du moindre courant d’air. Tous mes membres étaient tendus dans un commun effort, pour accompagner avec harmonie cet unique mouvement de ma nuque. Une véritable joie m’emplissait alors. Mais jamais, je n’ai pu arriver au bout du processus. Ma femme, cette chimère blonde, alertée par les échos des voisins de balcon en balcon, me jetait furieusement de grands draps sur le corps. Désorienté, je n’avais d’autre choix que de me recroqueviller à terre, et de m’y rouler, désœuvré.

En l’épousant j’avais cru dire adieu à ma solitude, et dans ses grands yeux remplis de fumées, dans les arrêtes de son ossature, j’ai songé avoir trouvé un reflet à ma folie.

(Fait grâce aux jeux littéraire sur http://www.zulma.fr/)

II. La maîtresse

Maintenant la maîtresse de Dondog repose sous une pierre tombale, maintenant elle gît, maintenant la maîtresse repose et se décompose, on pourrait imaginer sa sépulture par exemple dans un petit cimetière de campagne, à la lisière d’une forêt de sapins, près des champs en friche et près d’une grange délabrée, les os de la maîtresse bientôt auront perdu toute la viscosité de la vie, son corps de maîtresse deviendra humus puis descendra plus bas encore dans l’échelle de la non-vie et perdra la viscosité, l’élasticité, le droit à la fermentation ralentie ou grouillante de la vie, maintenant la maîtresse de Dondog va cesser de fermenter et elle va entamer sa descente et devenir un ensemble filamenteux et friable que nul ne pourra nommer ni écouter ni voir. Voilà à quoi bientôt elle sera réduite, dit Dondog.
Tout son être se sera décharné jusqu’à la poussière et se sera effacé. Tout aura rejoint les magmas non vivants de la terre. Et quand je dis tout, je pense en priorité aux mains qui, dans les marges des cahiers de Dondog, si souvent inscrivaient des annotations malveillantes, et aux yeux qui ont relu le texte de la dénonciation accusant injustement Dondog, ou encore à la langue de la maîtresse qui a léché le bord de l’enveloppe pour la cacheter; tout cela se dispersera au milieu de la terre non-vivante. Les nombreux constituants nobles et ignobles de la maîtresse alors ne constitueront plus rien.

« […] Ce fut l’automne. Puis vint un nouvel hiver.

Un soir, en prenant l’ascenseur il vit une petite phrase crayonnée en lettres fines dans la peinture contre la paroi de métal. Cette phrase : « Sans l’espérance on ne trouvera pas l’inespéré. » Bertrand prit son crayon et écrivit au-dessous : « Qui êtes-vous ? » Le lendemain il y avait une réponse griffonnée : « Venez à quatre heures. » Était-ce quatre heures du soir, ou quatre heures du matin ? Bertrand opta pour l’heure matinale qui était la plus invraisemblable, et il eut raison. Il trouva devant l’ascenseur un homme d’une quarantaine d’années qui lui dit aussitôt :

- Vous êtes M. Lumin, qu’on appelle Lumineux dans le quartier. Moi je suis ferblantier et je me nomme Cartat, Raoul Cartat. Je suis l’ami de Valentin Princet, le caissier du cinéma. Je me doutais que vous finiriez par lire une de mes petites phrases.

- Qu’est-ce que cela signifie ? demanda Bertrand.

- Je ne le sais guère, dit l’homme. Non, ne croyez pas que je sois un original. J’ai mon métier, une famille. Mais je suis aussi un simple lecteur. Je collectionne des phrases. Que voulez-vous que fassent les lecteurs ? Qu’ils suivent les idées de ceux qui pensent et qui écrivent ? Moi j’aime mieux me distraire et méditer, en dehors de ma ferblanterie. Chaque matin je prends cet ascenseur, quand tout dort. Je monte et je descends dix fois et je regarde une phrase que j’écris sur le panneau.

- Et à quelle conclusion en venez-vous ? demanda Bertrand.

- A aucune conclusion. Certaines phrases sont belles, d’autres méchantes. Ce sont des merveilles bien plus rares que les fleurs des tropiques. Alors, je reste étonné une bonne partie du jour, en travaillant et même quand mes enfants crient et se tiennent mal à table.

- Voilà qui est bien, dit Bertrand.

Ils prirent ensemble l’ascenseur.

- Ma phrase n’était pas finie, dit l’homme. J’écris la suite : « Sans l’espérance, on ne trouvera pas l’inespéré qui est introuvable et inaccessible. »

L’ascenseur grimpa ses huit étages et on redescendit :

- Qu’est-ce que cela veut dire : l’inespéré ? demanda Bertrand.

- Ce n’est pas moi qui vous ferait comprendre, dit l’homme. Voyez-vous c’est un mot, il existe et il parle de ce qu’on ne connaît pas. Figurez-vous une fleur que personne n’a jamais vue.

- Vous êtes un vrai collectionneur, dit Bertrand.

Après quoi, ils sortirent ensemble. Le jour était loin encore. Une neige fine tournoyait sous les lampadaires.

- Ce serait beau d’écrire des mots dans la neige, dit Bertrand.

- C’est comme vous voulez, dit l’homme.

Ils se revirent de loin en loin [...] »

A. Dhôtel, Lumineux rentre chez lui (p 94-95)

Qu’est ce qui bouleverse tant cette jeune amoureuse? A vous de compléter!

Bon anniversaire à tous ceux qui sont nés en mai! Un dessin rapidou pour représenter ce nouveau tour que vous venez d’effectuer sur le grand manège de la vie (oui, je sais, c’est vachement beau ce que je dis)! Par ordre d’age, un énorme bisou à Jade, Calil, Claire, Nico, Y et Fred!

Dans la vraie de vraie vie, mon scann m’est comme le ciel, tombé sur la tête -ce qui provoqua une blessure profonde, que je ne sais réparer… ainsi je n’ai pu poster depuis! mais me revoici, pleine d’images numérisées, pas toujours d’actualité, mais qui s’égraineront ces prochains jours (une tous les 2 jours, sans doutes)

L’autre jour, j’ai croisé un panneau qui disait : « Démocratie participative en direct ». Drôle de truc, me suis-je dit. Me racontant l’étrange histoire d’un vieillard épuisé.

C’est l’histoire d’un mot ayant cessé de signifier. « Démocratie » : mot épuisé, évidé de sa substance, désincarné. Mot raturé comme une coquille vide de vérité. Flambeau éteint. Pétard mouillé. Dans les discours qui s’en réclament, on ne voit plus très bien ce qui est susceptible de brûler.

Il fallait le renflouer. Alors, Démocratie est devenue « participative ». Et les producteurs de politique de se tourner vers la foule des anonymes pour leur dire : « Regardez ! Désormais vous parlez. Revenez ! Ensemble, grâce à vous, nous construirons la réalité. Voyez cette statue que nous vous dressons. Peuple, reviens ! Reviens quand je t’invoque. Reviens car je t’invoque. Vois comme je crie ton nom. ».

Mais on ne repique pas si aisément la croyance dans les champs qu’elle a désertés. La foule n’est pas si malléable qu’on le supposait. Comme le disait Certeau : « Il est toujours bon de se rappeler qu’il ne faut pas prendre les gens pour des idiots ». S’ils s’amusent des liturgies, de ces grands messes organisées en leur honneur, ils n’en sont pas les dupes. Ils ne « marchent » plus. Elles ne suffisent pas à les faire marcher.

Que faire alors ? Que faire sinon insister ? Voici que « Démocratie participative » passe « en direct ». Et ensuite ? Et après ? Deviendra-t-elle « Démocratie participative en direct live » ? Puis « Démocratie participative en direct live chez vous » ?

C’est l’histoire d’un clou qu’on enfonce. Partout, la vérité d’un « Peuple » est parlée. C’est à ce peuple que les discours d’un ordre sont adressés. C’est en son nom que cet ordre s’autorise à parler. Et c’est à sa place qu’il en exprime la « vraie vérité », celle des « vrais gens », ceux que jusqu’à maintenant, jusqu’à cet instant, jusque pas plus tard que tout de suite, on avait bâillonné. Histoire de violence donc. Celle qu’un ordre cherche à imposer.

Mais c’est surtout l’histoire d’un clou qu’on ne parvient pas à enfoncer. Le bois tendre des têtes dans lequel on croyait le planter se révèle soudain être de l’acier. Inquiétude d’un pouvoir qui voit ses coups de marteau échouer. Qui s’aperçoit, par à-coups, entre deux mises en scène de sa puissance – tentatives de (se) prouver son propre triomphe – qu’il y a, dans ce qui le fonde, quelque chose qu’il ne pourra jamais contrôler. Curieuse histoire qui désarticule la force de l’autorité. Alors même que l’ordre dispose d’une panoplie d’outils et de techniques de contrôle, de quadrillage de la société, dont aucun tyran du passé n’aurait osé rêver, son autorité semble s’épuiser. Elle s’effondre faute d’être reconnue, d’être soutenue par une reconnaissance. Un pouvoir est atteint en sa légitimité. Plus personne ne sait vraiment ce qu’il est censé symboliser. On suppose encore vaguement que c’est quelque chose comme un « lien social » qu’il doit représenter mais ce qu’on désigne ainsi, on ne sait plus ce que c’est. Quel accord ? Quel risque ? Quelle vérité commune à une société ?

C’est une histoire sans morale. Inquiétante au fond. Lorsqu’une autorité se lézarde, ai-je envie de rire ou de pleurer ? Cette « crise » me parle-t-elle principalement de l’impuissance d’un pouvoir qui s’était fantasmé plus haut qu’il n’était ou d’une incertitude qui atteindrait, au travers de ceux qui devaient la représenter, la « vérité » d’une société : ce qui, faisant autorité, autorisait quelque chose comme une solidarité ?

Bon anniversaire à l’un des plus jeune des zgh, j’ai nommé le petit Calil, qui vient de fièrement passer ses 5 années! Un pitit dessin pour fêter ça, le représentant en pirate (si vous avez des commandes, si ce dessin vous plait, merci de me les faire un peu à l’avance des annivs)