Des instants que j’égraine avant de prendre le train, en rêvant de gants élégants me désignant ma place d’un air guindé, madame votre voiture est avancée.
Ce jour-là, à cause du trop plein de soleil, des rues éveillées faciles à dominer, je roulais des épaules tranquillement en m’avançant vers la gare. Des cuillères dressées en couronne dans mes cheveux, peut-être pour mépriser l’avis générale. Nouveau défi puéril, mais agréable.
Le train m’embarque, sourire aux lèvres j’observe les compagnons qu’on m’a assignés pour la traversée. Il n’y a que des silhouettes insignifiantes et fraîches. Je m’emmitonne dans mon déguisement d’héroïne.
Mon sourire s’étire, carnassier. Il s’arrête brutalement juste avant mes oreilles. Une femme élégante, une japonaise, deux rangs plus loin, en face de moi, me fixe. Ses longues jambes écartées découvrent à qui le veut une culotte noire entre des basses résilles. Mon rictus d’enfant gâtée a vite fait de s’effacer. Il y a des prédateurs plus aguerris que moi dans ce train. Son regard calme reste posé sur moi, sans hésitation. Elle sait que je l’ai vu.
Je rabaisse du bout des doigts ma couronne, je m’enfonce dans mon écharpe, et j’essaie de disparaître dans le paysage. Je ne suis pas crédible.
Terminus. Je me lève et me planque dans la file. Elle se lève, me dépasse. Je prends note :
-long manteau noir des épaules aux genoux,
-chaussures à talons noirs
- vielle mallette de docteur, en cuir usé, noir.
Mes neurones analysent et me soumettent le mot vampire. Je l’écarte du bout des doigts, et adopte un pas songeur pour me laisser dépasser.
Elle disparait. Je garde le pas songeur, somme toute plus agréable que la course urbaine. J’imagine des films en noir et blanc, elle me suivrait tout en jouant l’indifférence, elle prendrait le même métro, le même wagon, une place à côté de la mienne, le spectateur se réinstallerait plus profond dans son fauteuil, mal-à-l’aise.
Par jeu je jette un coup d’œil par dessus mon épaule : elle est là. Son visage juxtaposé au mien. Jusqu’à l’escalator, jusqu’au métro.
Je tire sur mon manteau, mal à l’aise.
C’est moi l’homme moustachu qui ai mis un cœur à ce texte tellement subversif qu’il m’en retourne les poils de barbe et me fait frétiller le bouc.
je veux une photo avec les cuillères.
je pense que c un vampire. arme toi à l’avenir d’un miroir.
…et redresser la tête?
pointer plus hautes encore les rondeurs de ta couronne si farouchement plantée?
Doki, qui t’affirme que ta tête vaut moins que sa moule?
allez! DEBOUT!