Acropole

Ô passager numérique, toi qui avec hardiesse passe le seuil de notre cité, à Bominus offre un sacrifice digne de Chronos, un peu de temps en notre antique et décadente compagnie.

Agora

Chronos

avril 2010
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L’imagination roule à quatre cent à l’heure  dans l’estomac du métro.

Tunnels, portillons, escaliers, autant d’étapes à franchir avant d’entrer dans le wagon. Le cerveau qui travaille. Surtout à  cause des corps qui apparaissent, disparaissent, qui se heurtent, trébuchent, tous plus étranges et inattendus.

Le métro c’est des histoires qui courent de bouches à oreilles, à avoir les cheveux qui se dressent sur le crâne. Une antre qu’on évite de fréquenter à certaines heures. Le genre de grotte à rats et à ogres qui attendent la chair fraîche venu de l’extérieur. A force, mon crâne bricole de lui-même.

J’attends la ram qui m’embarquera à l’université, j’ai ma stratégie pour éviter d’être remarquée. Le regard dans le vague, pas trop près du bord. Mais je surveille du coin de l’oeil.

Le métro arrive, jeu de coudes habituels. Je trouve une place assise, miracle. Je m’assois dessus égoïstement alors que mon trajet est court. Je ferme les yeux avec l’impression d’être en première classe. Je les ouvre et je vois : un homme debout, un masque, deux bonbonnes de gaz qui tiennent sur un diable et un tuyau en partant. Il le tient fermement dans sa main.

Il fixe les gens d’un air anxieux.

Et ça y est : la machine est lancée. J’en suis certaine, cette place était un cadeau offert avant que je passe l’arme à gauche. Cet homme, va bientôt actionner un engrenage mystérieux et tous nous cramer le visage. Je vois la scène au ralenti, mais je reste assise dans mon siège, en écoutant la petite voix énumérer les stations. Fascinée, comme un hérisson devant des phares.

Est-ce que j’ai peur ? Non. Je ne fais qu’attendre d’avoir peur. Comme tous ces autres qui le fixent aussi.

Je me doute à un moment que c’est juste mes neurones qui me racontent une fable, mais je suis consciente que tous les possibles sont ouverts, et que donc l’homme pourrait prendre cette décision effrayante.

Lorsque je dois descendre de mon wagon, je me retourne inquiète vers les autres passagers. Quelques pas après, je rabroue mon imagination et reprends ma marche tranquille vers le quotidien. Gardant enfuie dans mon esprit l’idée qu’après tout je n’étais présente que sur trois stations…

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2 réponses à Ligne 3, direction Pont de Levallois.

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