Le goût de ce fluide qui coule sur mes lèvres, me rappelle que, finalement, je ne suis pas encore mort. Mon départ programmé vers les vastes étendues de mes songes, n’est qu’un doux murmure tellement la douleur de mes os me taraude. D’un désert, je m’échoue sur le sable, simple grain de raisin s’échappant d’une corne d’abondance. Mes yeux me brûlent, mais qu’ai-je besoin de voir tant je ressens l’immensité et la richesse de ce lieu? Je recrache ce liquide qui m’a bercé jusqu’ici et, lourdement, je rampe. Mes bras trainent ma carcasse parmi les membres désarticulés de mon embarcation jusqu’à ne plus sentir sous mes doigts ces graines de rochers stériles, mais, le picotement d’un tout autre univers, emplissant les plaies de mes mains.
Je souris! mon cadavre avait vaincu l’hôte rusé de Dédale, pour, de sa présence, souiller l’Eden.
Je vois! oui. Un autre bleu, celui de la soif épanchée, un autre gris, celui d’un socle à qui ma vie confiée et poussant comme ma barbe, un autre vert, celui d’une paix retrouvée. Certe, je suis de nouveau seul et pauvre de sollicitude, mais si ce n’est mon âme que je ne puis sustenter, ma chair elle, jouira à son aise.

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